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Julien Dupont

À 29 ans, Julien Dupont est peut-être bien en train de réussir la figure qui paraissait, pour lui, la plus compliquée : il s’assagit ! Le Lyonnais l’avoue avec un petit quelque chose dans la voix qui tient de la fierté. Il intègre progressivement à son vocabulaire des mots étranges : raison, organisation, gestion, nutrition. Qu’on se rassure, le trial freestyle rider émarge toujours parmi les gentils casse-cou briseurs de frontières.
Mettons-nous un instant à la place de ses parents qui, pourtant, l’ont fait démarrer sur les chapeaux de roue, Papa l’ayant collé, à l’âge de six mois, dans un sac à dos pour lui offrir sa première balade à travers champs à moto… Imaginons donc devoir gérer un gamin hyperactif et survolté, infatigable, inusable, dormeur et mangeur de peu, qui apprend les règles pour mieux les transgresser et sort du moule à chaque occasion ! Eh, pas si simple ! Quelles solutions ? Le sport ? Julien a de l’énergie à dépenser mais les kilomètres avalés, les ballons, les roues arrières, les exercices, les entraînements, n’ont raison de lui qu’à haute dose.

A L’ECOLE DE LA VIE


C’est bien la moto qui accapare son attention. Son énergie. Puis sa vie. Julien, qui reconnaît avoir préféré apprendre à l’école de la vie plutôt qu’apprendre la vie à l’école, amorce rapidement sa sortie de route scolaire pour mieux emprunter en solo les chemins pierreux de la périphérie de Lyon. Il s’essaie au trial en compétition, roule en championnat d’Europe et du Monde, puis finit par renoncer, l’hygiène de vie requise par le sport de haut niveau ne correspondant pas tout à fait avec ses dérapages d’adolescent…
Alors Julien décroche, se laisse aller, plonge dans l’apathie, abîme des hyperactifs désœuvrés. Sa petite amie d’alors insiste, le sort de sa léthargie en lui faisant prendre conscience qu’il a un trésor à exploiter : son talent à moto. C’est l’heure des premiers shows montés « à la banzaï » comme il dit. L’heure des premiers coups improbables aussi : repéré par un organisateur qui lui lance le défi de faire un backflip sur une remorque artificielle déployée, Julien a trois mois pour préparer cette première mondiale, sans la moindre assurance de la réussir. Mais ça passe. Et ça marche. Et ça plaît, tant et si bien qu’il se fait un nom dans le freestyle sur cette figure pendant un an. Avant de se laisser retomber, faute de challenge.

L’INNOVATION, SON MOTEUR


Parce que, tout compte fait, l’innovation est bien son moteur, Julien remet son talent au service de ses ambitions, commence le street, assure un premier tournage qui éclabousse youtube de sa splendeur. La vidéo est sacrée 4e meilleure vidéo de sport de l’année aux Youtube awards.
Alors Julien crée. Invente. Use de l’accélérateur comme d’autres jouent du pinceau. Réussit, tour à tour, une foule de tricks empruntés au BMX : le wall ride, le fly à moto en milieu urbain, notamment sur les rebords d’escaliers ; il marque les esprits avec le fly d’un mur de 12 mètres en descente à Barcelone. Il invente aussi le 360 flat à moto, qu’il raconte: « Fond de 4e, après un 180 degrés sur la roue avant, je finis roue arrière sur 180 degrés également. Je me demande encore comment la moto fait pour tolérer cette figure… » Les réceptions en marche arrière, il pourrait les faire en se brossant les dents à travers son casque. Il gère à la perfection le backflip trial, il est le précurseur européen du 360° en trial…

« RIDE THE WORLD »


Evidemment, tout ce talent, s’il ne s’exerce pas réellement sur le terrain de la compétition purement sportive, trouve à s’exprimer dans les médias. Les télés en sont friandes, Internet aussi, les DVDvores de freestyle encore plus. Alors Julien tourne, beaucoup, et invente son concept : « Ride the world ». Sous cette étiquette, on retrouve une série de vidéos qui allient culture et sport, mix entre le fameux « J’irai dormir chez vous » et « Nitro Circus ». Son idée : proposer à divers freestylers de présenter à travers leur sport la culture du pays visité. Ride the world, c’est encore un road movie à paraître en DVD à l’automne, retraçant en « in » et « off » un an de balades à travers la planète. C’est aussi une marque de vêtements pour ceux qui – tiens donc – n’ont pas envie de se prendre la tête avec les règles. Bientôt, le concept hébergera une boîte de production, de communication et d’événementiel freestyle.
Julien Dupont serait-il devenu sage pour de vrai ? « Je suis complètement bipolaire, tente-t-il d’expliquer. Je suis bélier, donc fonceur comme on doit l’être pour grimper sur le toit du CNIT, à La Défense, ou pour faire des trucs complètement improvisés et parfois vraiment dangereux. Mais je suis aussi cancer, donc souvent perché dans mes rêves et très soucieux de mon ressenti en toutes circonstances ». Les astres, eux, n’ont pas répondu à la question de fond qui semble sonner les heures pleines de sa vie : après quoi court-il réellement ?
« Je ne sais pas trop, parce que j’ai toujours couru. Gamin, je prenais des risques de dingue, je faisais peur à mes parents. Maintenant que je me calme, je me trouve face à un vrai combat, parce que le calme n’est pas ma nature profonde, mais une nécessité ». Et si, tout simplement, Julien était juste en quête de liberté ?